Lectures croisées : décembre 2025
Pierre Rivet, Lyne DesRuisseaux & Daniel Ducharme | Lectures croisées | 2025-12-31
Lyne Des Ruisseaux
Dupré, Louise. L’homme au camion. Héliotrope, 2025
Une récit où la poète et romancière tente de comprendre et de tracer un portrait de son père, décédé lorsqu’elle était jeune adulte. L’occasion aussi de revenir sur ses propres origines et son parcours de « transfuge de classe », pour employer l’expression à la mode. Un récit lui permettant d’accepter ce qu’elle ne comprendra jamais de cet homme énigmatique au passé mystérieux, tout en lui témoignant son affection.
Pépin, Catherine. Leurs drôles de vie : une histoire décalée de la chanson française. Les éditions La Presse, 2024
Recueil d’histoires et d’anecdotes qui dresse un portrait parfois inusité des grands de la chanson française, et un peu québécoise. Des portraits présentés sous différents angles de Maurice Chevalier à Véronique Samson, en passant par Aznavour, Leclerc et Charlebois : les ingénieurs-chanteurs, leurs animaux de compagnie, leur « cabane au Canada », leurs costumes, etc. Une belle lecture de fin de soirée pour les amoureux de la chanson.
Rabagliati, Michel. Rose à l’île. Éditions de la Pastèque, 2023
Quel délicieux voyage à l’île Verte, où le narrateur part en vacances avec sa fille jeune adulte. Comme toujours dans l’œuvre de Rabagliati, une nostalgie parcourt l’œuvre, mais aussi une grande sensibilité et l’affection envers les proches. Un roman graphique touchant et visuellement très réussi.
Springora, Vanessa. Patronyme. Grasset, 2025
À la suite du décès de son père, un mégalomane notoire, l’écrivaine découvre des photos de son grand-père paternel avec un insigne nazi sur ses vêtements. Elle entreprend une enquête afin de découvrir le passé trouble de son grand-père et les origines de son nom de famille. Un récit de vie de cet Allemand des Sudètes fort instructif sur les conséquences des non-dits familiaux et qui mêle la grande histoire et le récit familial.
Daniel Ducharme
Bourbonnais, Claudine. Le destin c'est les autres. Québec-Amérique, 2023
Un récit qui a soulevé en moi un vent de nostalgie. Car il est question de vivre ailleurs, de rencontres, de réflexion. Dans le cas de cette autrice, c'est deux ans d'études à Londres sur le Moyen-Orient suivie d'un séjour de six semaines au Caire. Et puis cet événement, en lien avec un terroriste palestinien, qui l'a profondément marqué. Pour en savoir plus, je vous invite à lire la note de lecture que j'ai rédigée sur cet ouvrage en suivant ce lien.
Naomi Fontaine. Kuessipan. Mémoire d'encrier, 2011
Des textes courts écrits par une jeune Innu de 23 ans. Elle vient de la réserve de Uashat, une réserve innue qui fait partie de Takuaikan Uashat mak Mani-utemam (ITUM), une communauté près de Sept-Îles. En fait, Uashat est une réserve enclavée dans la ville de Sept-îles alors que Mani-utemam est située à 16 kilomètres à l'est. Revenons aux textes qui composent ce roman aux airs de recueil. Ils sont écrits au présent de l'indicatif, ce qui rend le témoignage de la jeune fille plus percutant. On peut d'emblée qualifier ce roman de poétique, un style qui rappelle certains romans de Danny Laferrière. Assez court, il se lit assez rapidement tant les phrases coulent de manière très fluide. Une belle réussite.
Jordan, Robert. La Roue du temps 10.- Le carrefour du crépuscule / traduit de l'anglais par Jean-Claude Mallé. Bragelonne, 2020
Dans Le Carrefour du crépuscule, Robert Jordan raconte la suite de la quintuple intrigue impliquant 1) Mat Cauthon, fuyant Ebou Dar avec Tuon, la Fille des Neuf Lunes ; 2) Perrin, qui tente de récupérer son épouse, Faile, enlevée par les Shaido ; 3) Elayne Trackand, qui déploie le grand jeu pour revendiquer la couronne du royaume d'Andor ; 4) Egwene, qui assiège la Tour Blanche, espérant réunir les Aies Sedai ; et enfin 5) Rand al'Thor, le dragon réincarné, qui s'adjoint Cadsuane et se réfugie dans une petite ville. Bien entendu, tout ça pour préparer la bataille ultime contre le Ténébreux. J'ai décidé de lire cette saga jusqu'au bout, mais il ne se passe pas grand chose dans le tome 10... Parfois, ça donne une impresson de remplissage...
Nothomb, Amélie. Frappe-toi le cœur. Albin Michel, 2017
À l'instar de Les aérostats et Les prénoms épicènes - sans doute d'autres -, ce roman met en scène des enfants qui ont manqué d'amour maternel, cet amour inconditionnel qui permet à tout individu d'avoir une vie à peu près équilibrée. Et comme dans les romans ci-dessus, ça se termine mal, du moins pour des personnages secondaires. Le titre de roman provient d'une citation d'Alfred de Musset : "Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie." L'héroïne l'interprète au sens littéral : elle devient cardiologue. Ce roman n'échappe pas à la règle nothombienne : son style est dépouillé, allant à l'essentiel, et il se lit très vite. Quand on le referme, on demeure stupéfait du génie de cette écrivaine belge.
Nohtomb, Amélie. Hygiène de l'assassin. Albin Michel, 1992
Le premier roman d'Amélie Nothomb sorti en 1992. Depuis lors, il sera suivi par un roman par année, sans interruption. Ici il est question de Prétextat Tach, un écrivain célèbre de 83 ans qui se meurt. Plusieurs journalistes se succèdent pour un entretien, mais seule le cinquième, une femme, réussira à dévoiler la véritable histoire de cet écrivain, récipiendaire du Prix Nobel de littérature. Hygiène de l'assassin se situe à la limite du roman policier et de la pièce de théâtre puisqu'il est tout entier construit sur le dialogue. Le personnage est répugnant, et ses idées aussi... L'autrice avait 25 ans au moment de la sortie de ce roman. Un roman à lire, sans doute, mais je préfère ses œuvres de maturité.
Nothomb, Amélie. Riquet à la houppe. Albin Michel, 2016
Dans ce roman qui, comme son titre l'indique, tient plutôt du conte, Amélie raconte l'histoire en parallèle de Déodat, laid et intelligent, et Trémière, belle et contemplative (on l'a dit sotte, mais ce n'est pas vraiment le cas). On devine bien que les deux personnages se rencontre à la fin, inutile de le cacher. Un conte, donc, de l'ornithologie, des bijoux, des parents atypiques, et une réflexion sur le désir, l'amour et le genre littéraire qu'est le conte par rapport au roman. Des débuts un peu ordinaires...mais une fin magistrale. Anecdote, Amélie Nothomb affirme qu'elle a lu La Comédie humaine au grand complet en 2015 : 147 romans. Pourquoi pas ? La grande écrivaine, c'est connu, est avant tout une grande lectrice.
Nothomb, Amélie. Tant mieux. Albin Michel, 2025
Après Premier sang, le roman consacré au père, le dernier roman d'Amélie Nothomb porte sur sa mère. Les trois quarts du roman racontent l'enfance d'Astrid, sa mère, qui a grandi dans une famille dysfonctionnelle, pour ne pas dire toxique. Comme souvent dans les romans de cette écrivaine, c'est le dernier quart du roman qui finit par nous toucher, par nous émouvoir. Un beau roman, un bel hommage à la mère. Très inspirant.
Pierre Rivet
Céré, Pierre. Coup de barre. Somme Toute, 2016
Provenant du milieu communautaire (entre autres pour la défense des chômeurs et chômeuses du Québec), Pierre Céré s’implique aussi au niveau politique en étant candidat pour le Parti Québécois dans Laurier-Dorion aux élections de 2014. Il se présente, en 2015, à la chefferie de ce Parti, rivalisant, entre autres, avec Pierre Karl Péladeau. Ce livre retrace cette course à la chefferie, ainsi que le questionnement que Pierre Céré porte sur le carcan dans lequel s’est enfermé le PQ. D’un intérêt anecdotique, je dirais.
Roche, Michel. La question nationale, une question sociale. Essai sur la crise du mouvement indépendantiste québécois. Liber, 2024
Lu une première fois en juin 2024. Suivi de « Pour l’indépendance : une stratégie à revoir. », in L’Action Nationale, novembre 2025, Vol CXV, no.8. pp.66 à 75. Deuxième lecture de ce livre, écrit par un professeur de sciences politiques de l’Université du Québec à Chicoutimi. J’ai trouvé aussi intéressant qu’à la première lecture sa thèse comme quoi l’indépendance ne peut se faire que si le gouvernement du Québec arrive à lier la question sociale à la question nationale, c’est-à-dire à offrir à la grande majorité de la population du Québec un espoir de changement social amenant une solidarité entre toute les couches de la société, et pas seulement une partie de la classe moyenne supérieure et la classe dominante (qui sont généralement pro statu-quo). Suite à ce livre, j’ai lu le texte de Michel Roche publié dans L’Action Nationale sur la stratégie à revoir pour accéder à l’indépendance. Bon, face à PSPP qui a plus tendance à exclure qu’à réunir je n’ai pas beaucoup d’espoir à court terme.
Roegiers, Patrick. Satie. Grasset, 2025
Quelque part entre le roman, la biographie, un livre sur Satie qui, sans être mémorable, est agréable, et nous donne envie de réécouter sa musique.