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Notes de lecture de Daniel Ducharme

Henri Vernes : Bob Morane 24 : L'idole verte


Daniel Ducharme | Romans populaires | 2026-02-01


Bob Morane et Bill Ballantine sont attablés dans un restaurant d'Iquitos en Amazonie. Ils ont remonté le grand fleuve dans le cadre d'un reportage pour le magazine Reflets, pour lequel Bob Morane est à l'emploi, car l'aventurier se double d'un grand reporter. Quant à son ami aux cheveux roux, il faut croire qu'il s'ennuyait en Écosse car il n'avait rien d'autre chose à faire que d'accompagner son ami le commandant dans ses aventures les plus tordues. Pendant que les deux compagnons terminent leur dessert, une vive discussion à la table d'à côté attire leur attention. Une jeune fille aux cheveux couleur de miel semble être en difficulté, aux prises avec deux malabars. Chevaleresque, Morane va s'enquérir de la situation. En voyant la carrure de Bill, les deux hommes se retirent sans faire d'histoire. La jeune femme est une Américaine du nom de Lil Haston. Bob connaît son père de réputation : il s'agit de l'explorateur Douglas Haston, disparu depuis cinq ans en pays Jivaro à la frontière du Brésil et de l'Équateur, lors d'un voyage d'exploration à la découverte d'un temple perdu, dans lequel serait conservée une statuette en pierres précieuses appelée l'idole verte. Personne n'a jamais retrouvé l'explorateur, notamment en raison des Yaupis, les plus redoutables des Jivaros [voir note à la fin du texte], qui découragent toutes nouvelles recherches. Qui aurait envie de se mesurer à ces réducteurs de têtes ?

Voici comment débute le 24e Bob Morane de Henri Vernes, dont j'ai entrepris de lire toute l'œuvre avant de mourir… Que Dieu me prête vie car il y en a au moins 200... Heureusement, L'idole verte, malgré une intrigue toute simple, doit être rangé dans les bons Bob Morane, en tout cas il est bien meilleur que le précédent, La fleur du sommeil .

Poursuivrons notre résumé. Comme il fallait s'y attendre, les deux héros acceptent d'accompagner Lil Haston à la recherche de son père. Âgée de 21 ans, indépendante de fortune, le jeune fille fait preuve d'une détermination qui séduit Bob Morane. Et voilà que deux semaines plus tard, munis d'une carte précise laissée par son père, Lil Hason et nos héros sont à bord d'une pirogue en route vers leur destination. Ils se rendent dans la jivaria de Ti, chef des Moronas, une tribu Jivaro en guerre contre les Yaupis. Ti leur parle de l'idole verte, un objet sacré qui inspire une grande crainte aux Yaupis. Le chef permet aux trois occidentaux de poursuivre leur aventure, leur fournissant une douzaine de porteurs. Puis ils repartent en canot, s'enfonçant dans le pays Yaupis. Arrêtés pour la nuit, Bon Morane part en éclaireur. Sur le sommet d'une colline, il est attaqué par un anaconda (il faut bien pimenter un peu ce récit, plutôt terne jusqu'ici…). Puis il rentre au campement, convaincu d'avoir découvert le temple perdu.

Quelques jours plus tard, ils parviennent au temple, sans rien découvrir de significatif. Morane reçoit un projectile empoisonné au curare, mais réussit à s'en sortir avec un traitement au sel. Un homme qui se dirigeait vers eux n'a pas eu la même chance : il est mort. Il s'agit d'un métis, et non d'un Yaupis. Le groupe se cantonne dans le temple avant d'entreprendre des recherches plus approfondies.

Morane appelle Lil petite, une appellation plutôt condescendante, voire blessante du point de vue actuel. En revanche, il respecte la culture des Jivaros quand ils réduisent des têtes. Un matin, le père de Lil sort de la crypte. À la joie des retrouvailles, et après qu'il eut raconté son histoire, il s'agit de rentrer au bercail, ce qui n'est pas une mince affaire... Ils tentent le coup, mais sont arrêtés par des pilleurs de tombe qui tombent vite sous les fléchettes des Yaupis. Les quatre amis se retranchent de nouveau dans une des tours pour parer à l'attaque groupé des Yaupis. Bob Morane a l'idée de toucher l'Idole verte, ce qui leur permettrait de passer pour des demi-dieux, comme c'est le cas pour le colonel Haston. Finalement, en recourant à ce subterfuge, nos quatre aventuriers réussissent à quitter le pays Yaupis pour se diriger vers la civilisation.

Ce Bob Morane est le dernier du lot dont la publication est de 1957. Nous sommes toujours dans le contexte de l'Europe conquérante, même si le mouvement de décolonisation a débuté sa marche irrépressible. Donc, L'idole verte se situe dans la même veine des romans d'aventures, dans une période où subsistent toujours des espaces inexplorés et des populations méconnues des Occidentaux. Ce qui distingue ce roman des précédents, c'est que - pour une fois - une femme fait partie de l'aventure, une jeune fille tout juste majeure (la majorité s'acquiert à l'âge de 21 ans en ce temps-là). D'ailleurs, dès le départ, Bob Morane est impressionné par sa détermination sans faille. À la fin du récit, il se permet cette réflexion :

Longuement, Morane contempla le beau visage à la peau lisse, aux yeux lumineux, sur lequel cependant on remarquait à présent des traces de lassitude : ce pli vertical au front, cette marque bleuâtre sous les paupières. Bob savait cependant qu’il ne faut jamais repousser les efforts de quelqu’un sous peine de le décevoir.

Et à la toute fin du roman, alors que le père et la fille cherchent à lui exprimer leur reconnaissance, Bob Morane se contente de peu :

Et, pour Morane, cette joie marquée sur le beau visage de la jeune Américaine était la plus belle des récompenses.

Ça ne sera pas demain la veille que notre héros tombera amoureux… mais, dans L'idole verte, on le sent presque troublé par celle qu'il appelle petite tout au long de cette aventure au cours de laquelle - rappelons-le - il a risqué sa vie à plusieurs reprises.

Vernes, Henri. Bob Morane 24 : L'idole verte. Marabout Junior, 1957



Note : Soulignons que le terme Jivaros n'est plus employé aujourd'hui, notamment parce qu'il signifierait sauvage. En fait, il s'agit des Shuars, un ensemble d'ethnies.


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